
C’est un film dont j’avais eu vent il y a un certain nombre d’années dans Animeland (source décidément très fiable) qui le décrivait comme un chef d’oeuvre. Les images m’avaient fait envie, l’histoire aussi, mais manifestement il n’était pas encore sorti en France et ce n’est qu’il y a quelques jours que je suis tombée dessus tout à fait par hasard sur Youtube. Comme il était disponible à un prix très raisonnable sur Amazon je me le suis procuré (mention spéciale à la jaquette du DVD qui est d’une laideur époustouflante). Nous y voilà : maintenant que je l’ai vu je vais pouvoir vous parler un peu de « Millenium Actress », réalisé par Satoshi Kon (dont je n’ai pas vu les autres productions mais apparemment celles-ci ne sont pas du tout dénuées d’intérêt).

Chiyoko Fujiwara reçoit la visite d’un journaliste et d’un caméraman souhaitant l’interviewer au sujet de son passé en tant que star du cinéma Japonais, héroïne bouleversée et éternellement jeune d’une belle quantité de films. Ils lui remettent à cette occasion un objet lui ayant appartenu, une clef, et c’est ce qui va mettre en route le récit de sa vie toute entière.


Cette clef lui a été offerte par un homme dont elle est tombée amoureuse, l’aidant à se cacher alors qu’il était pourchassé par la police. Le lendemain, lorsqu’elle revient le voir, elle réalise qu’il est déjà parti, lui laissant la fameuse clef en gage. À partir de cet instant, qui coïncide avec le moment où elle devient actrice, Chiyoko passera sa vie à rechercher le mystérieux inconnu dont elle ne sait pourtant presque rien.

Le spectateur sera peut-être un peu dérouté par la structure du film : à des moments autobiographiques se mêlent des scènes de films dans lesquels a joué Chiyoko ; on change donc régulièrement de lieu, d’époque, et le journaliste et le caméraman se retrouvent également plongés dans ces univers (le journaliste, qui semble être un grand admirateur de Chiyoko, n’aura d’ailleurs de cesse de lui venir en aide et de lui donner les moyens de continuer son périple) et certains personnages sont également récurents (l’inspecteur, les amies, l’actrice Shimao Eiko avec qui elle s’entend mal etc).

Sur l’affiche seuls huit univers sont figurés, et le journaliste lui aussi n’en parle que de huit, mais dans le film on fait aussi allusion à un film où elle est institutrice, un film de guerre (bien que par ailleurs l’héroïne connaisse réellement la guerre à un moment donné) et une sorte de Godzilla. J’ai constaté en lisant les commentaires sur Youtube que beaucoup de personnes ne comprenaient rien alors que personnellement ça ne m’a pas paru si complexe, je pense que c’est une part de ce qui fait la richesse du film.
D’une part il met en valeur la visée universelle du scénario de base, qui peut s’adapter à un nombre presque infini de contextes, et d’autres part il transforme l’intrigue en une course poursuite perpétuelle qui tient le spectateur en haleine. Cela permet aussi, bien sûr, de caser tout un tas de scènes superbes n’ayant aucun besoin de se rattaché à une histoire en particulier, en s’amusant avec les ambiances, décors et costumes. Cette couse de l’héroïne est également une forme de fuite ; tout en poursuivant ses recherches (c’est le cas de le dire) elle en finit presque par oublier les années qui passent et la promesse, à l’arrivée, de la mort.

Le film est sorti en 2001, à peu près en même temps que Le Voyage de Chihiro*, ce qui ne fait pas très longtemps et pourtant j’imaginais que le film était moins récent que ça, je m’apprêtais même à écrire qu’il avait bien vieilli ! Il faut dire que malgré une remarquable qualité générale certains éléments sont un peu moins réussis. Le fameux personnage masculin que l’héroïne cherche sans arrêt est assez extraordinairement inintéressant, ce qui dans le film s’explique par le fait que Chiyoko, devenue vieille femme, ne peut plus se souvenir des détails de cette rencontre très brève, mais cela reste pour moi un problème. Ce qui me faisait penser que le film avait été réalisé il y a plus longtemps que ça, c’est aussi parce que le character design me faisait ponctuellement penser à Ghost in the Shell. Outre ces remarques que je ne formule que par vile maniaquerie je précise tout de même que la réalisation est très soignée, d’ailleurs ce sont les images qui m’avaient donné envie de voir le film (du coup je vous assomme de captures d’écran ; et encore il y en a plein que je me retiens de mettre).

(* Tiens, c’est marrant, dans les titres des deux films on retrouve le kanji « sen » qui veut dire « mille » ; à cause du passage au deuxième millénaire, peut-être ?)